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Certains territoires donnent l’impression de quitter la Terre pour marcher sur un décor de science-fiction. Entre les champs de lave figés de l’Islande et les grottes aux vers luisants de Nouvelle-Zélande, la planète offre un échantillon de paysages quasi extraterrestres, façonnés par la tectonique, la glace, les volcans et la mer. Si vous cherchez des idées de voyage vraiment dépaysantes, ces régions cumulant coulées de lave, caldeiras immenses, réseaux karstiques et sources chaudes acides composent un véritable laboratoire à ciel ouvert, autant pour les géologues que pour les photographes ou les simples curieux. Comprendre ce qui se cache derrière ces panoramas d’un autre monde permet aussi d’apprendre à les explorer sans les abîmer, et à mieux saisir la puissance des forces qui sculptent encore aujourd’hui la surface du globe.

Panoramas volcaniques d’islande : coulées de lave, champs de mousse et cratères lunaires

Zone géothermale de hverir et námaskarð : fumerolles acides, mares de boue bouillante et solfatares soufrées

Sur les pentes du Námaskarð, près du lac Mývatn, la zone de Hverir condense tout ce qui donne à l’Islande cette aura de planète en formation. En quelques centaines de mètres, vous traversez un champ de solfatares où les fumerolles chargées en vapeur d’eau et en dioxyde de soufre sortent à plus de 200 °C. Le sol, saturé en minéraux, vire au jaune, à l’orange et au rouge brique, comme si un peintre avait renversé sa palette. Les mares de boue bouillante atteignent régulièrement 80 à 100 °C et témoignent d’un gradient géothermique exceptionnel, lié à la proximité d’une chambre magmatique peu profonde.

Pour vous repérer dans ce chaos, des passerelles balisées et des cordons de sécurité délimitent les zones les plus instables. Se décaler de quelques mètres seulement expose à des croûtes fragiles pouvant céder sous le poids d’un pas. C’est là que le respect des sentiers balisés devient plus qu’une simple recommandation touristique : un véritable impératif de sécurité. À chaque bourrasque de vent, la brume soufrée enveloppe le paysage et rappelle que ce type de champ géothermique actif n’existe à grande échelle que dans une dizaine de régions au monde, dont l’Islande, la Nouvelle-Zélande et le parc de Yellowstone.

Dans les champs fumerolliés les plus actifs, l’atmosphère peut dépasser localement les seuils de confort pour l’être humain, avec des concentrations en H₂S capables de provoquer maux de tête et nausées en quelques minutes.

Caldeira d’askja et cratère víti : lacs acides turquoise et paysages de cendres proches de la lune

Plus au centre de l’île, la caldeira d’Askja incarne l’archétype du paysage « lunaire ». Cette structure d’effondrement de près de 50 km² s’est formée à la suite d’éruptions explosives majeures, dont celle de 1875 qui a propulsé plusieurs kilomètres cubes de tephra dans l’atmosphère. Au cœur de la dépression, le lac Öskjuvatn atteint plus de 200 m de profondeur, ce qui en fait l’un des lacs les plus profonds d’Islande, alors qu’à quelques dizaines de mètres seulement, le cratère Víti abrite un petit lac acide aux eaux turquoise alimenté par la géothermie.

Les parois sombres du cratère, couvertes de cendres volcaniques et de ponces claires, évoquent un sol dépourvu de vie, à tel point que la NASA a utilisé cette région dans les années 1960 pour préparer les astronautes du programme Apollo à la géologie lunaire. Marcher ici donne l’impression de pénétrer dans une zone de test interplanétaire. En été, la randonnée vers Víti demande malgré tout une bonne préparation : 10 à 20 km de marche sur cendres et scories, une météo très changeante, et un isolement quasi complet une fois quitté le refuge le plus proche.

Champs de lave d’eldhraun et de leirhnjúkur : coulées pahoehoe, tunnels de lave et colonisation cryptogamique

Le champ de lave d’Eldhraun, issu de l’éruption du Laki en 1783-1784, couvre environ 565 km², ce qui en fait l’un des plus vastes ensembles de lave récente d’Europe. La surface, composée en grande partie de coulées pahoehoe à l’aspect cordé, est aujourd’hui recouverte d’un épais tapis de mousses et de lichens. Cette colonisation cryptogamique extrêmement lente – parfois moins de 1 mm de croissance par an – illustre à quel point le milieu est hostile au départ. Les premières décennies après une éruption, seules ces communautés pionnières parviennent à fixer un peu de matière organique, ouvrant la voie à des plantes plus complexes.

À Leirhnjúkur, près du Krafla, le contraste est plus brutal encore : les coulées de lave noire des années 1970-1980 fument encore par endroits, et de petites fumerolles sortent directement des fractures de la croûte basaltique. Le sentier traverse des zones où le sol est si chaud que la neige fond instantanément en hiver. Derrière ce décor spectaculaire, les géologues trouvent un terrain d’étude précieux sur l’auto-refroidissement des coulées, la formation de tunnels de lave et la dynamique des systèmes magmatiques de rift.

Péninsule de reykjanes : fissures tectoniques visibles, sources chaudes et bassins géothermiques bleutés

La péninsule de Reykjanes offre l’un des rares endroits au monde où la dorsale médio-atlantique, cette frontière entre la plaque nord-américaine et la plaque eurasienne, est visible émergée. Les fissures tectoniques y forment des failles rectilignes, parfois matérialisées par des ponts symboliques « entre deux continents ». Les récentes éruptions du Fagradalsfjall, en 2021 puis 2023, ont rappelé combien cet environnement reste actif : les coulées de lave ont englouti plusieurs routes et menacé la ville de Grindavík, devenue en partie une ville fantôme.

Entre ces zones fracturées, les sites géothermiques comme Gunnuhver et Seltún montrent une activité hydrothermale intense, avec des mares de boue, des fumerolles violentes et des dépôts de soufre pur. Les bassins artificiels bleutés, alimentés par des eaux chargées en silice, illustrent un autre visage de ce volcanisme : celui d’une ressource énergétique et touristique majeure. Pour préparer une exploration de Reykjanes, examiner en détail les cartes géologiques et les bulletins de surveillance sismique permet de mieux comprendre l’évolution de ce segment de rift encore en phase d’ouverture.

Hautes terres et déserts noirs d’islande : pistes f-roads, sandurs glaciaires et reliefs martiens

Désert d’askja et d’ódáðahraun : champs de scories, tephra et chaos basaltique

Autour d’Askja s’étend le vaste désert volcanique d’Ódáðahraun, une immensité de scories, de bombes volcaniques et de cendres noires. Ce champ, parfois décrit comme le plus grand désert de lave d’Europe, couvre plus de 4000 km². À la différence des déserts de sable, l’aridité provient ici de la nature du substrat basaltique, très perméable, et d’un climat subpolaire qui limite fortement le développement des sols. Le vent, en remobilisant sans cesse les particules fines de tephra, sculpte des dunes sombres et abrase les rares affleurements plus anciens.

Pour vous y aventurer, l’accès se fait exclusivement par pistes F-roads réservées aux 4×4, nécessitant parfois des passages à gué. Il s’agit moins d’un itinéraire routier classique que d’une expérience d’immersion totale dans un paysage martien, avec vue fréquente sur des cônes de scories et des cratères alignés le long des fissures éruptives. Ce type de désert basaltique offre un excellent analogue terrestre aux champs de lave observés sur Mars, ce qui explique l’intérêt constant des agences spatiales pour cette région.

Sandurs de skeiðarársandur et mýrdalssandur : plaines alluviales proglaciaires et tressage fluvial

La côte sud islandaise est dominée par d’immenses plaines de sable noir, les sandurs, qui s’étendent entre les langues glaciaires et l’océan. Skeiðarársandur couvre à lui seul près de 1300 km², faisant de lui l’un des plus vastes sandurs au monde. Ces plaines sont formées par les crues glaciaires, ou jökulhlaups, lorsque des poches d’eau sous-glaciaires se libèrent brutalement suite à une éruption sous la glace. Les débits peuvent alors être supérieurs à ceux de l’Amazone pendant quelques heures, charriant blocs, graviers et sables jusqu’à la mer.

Pour un observateur, ces zones se manifestent par un réseau de rivières tressées aux multiples bras, qui changent fréquemment de lit. Traverser un sandur en voiture implique donc de surveiller régulièrement l’état des ponts et des gués, souvent endommagés par ces épisodes extrêmes. Ce type de paysage, très dynamique, est aussi une clé pour comprendre les environnements sédimentaires d’anciennes calottes glaciaires et reconstituer l’histoire climatique de l’hémisphère nord.

Massif multicolore de landmannalaugar : rhyolites, obsidienne et sources chaudes en plein désert

Au cœur des hautes terres, Landmannalaugar tranche avec l’uniformité noire des coulées de basalte. Ici dominent les roches acides comme la rhyolite, issues de magmas plus riches en silice. Leur refroidissement particulier, additionné à l’altération hydrothermale, produit des teintes pastel étonnantes : ocres, roses, verts et bleus se superposent sur les versants. De puissantes coulées d’obsidienne, ce « verre volcanique » noir brillant, ont figé leur mouvement en langues sombres qui s’avancent dans la vallée.

À la base du massif, des sources chaudes naturelles alimentent un torrent tiède où il est possible de se baigner tout en observant la neige sur les montagnes. Cette juxtaposition d’eau chaude et de sommets encore enneigés illustre parfaitement le concept de pays de « feu et de glace ». Pour votre sécurité, respecter ici aussi les sentiers est crucial : le sous-sol reste chaud et parfois instable, et certains secteurs géothermiques ne supporteraient pas un piétinement répété sans se dégrader rapidement.

Hauts plateaux de sprengisandur et kjölur : climat subpolaire, isolement extrême et pistes 4×4 techniques

Les plateaux de Sprengisandur et de Kjölur forment la grande épine dorsale désertique de l’Islande, entre les calottes glaciaires du Vatnajökull, de Langjökull et de Hofsjökull. Ces régions se situent à plus de 600-700 m d’altitude, avec un climat subpolaire où la température moyenne annuelle reste à peine au-dessus de 0 °C. Le vent y souffle souvent à plus de 50 km/h, soulevant des nuages de sable volcanique abrasif. Sur plusieurs dizaines de kilomètres, la seule infrastructure est parfois une piste F-road, site d’entraînement idéal pour les conducteurs de 4×4 expérimentés.

En matière de préparation, ces hautes terres imposent un niveau d’anticipation rarement requis en Europe de l’Ouest : autonomie en carburant, nourriture pour plusieurs jours, matériel de bivouac capable de résister à des rafales violentes, et consultation systématique des bulletins météo et du site de conditions routières. Cette dimension d’isolement renforce l’impression de voyager sur une autre planète, où chaque décision logistique a un impact direct sur la sécurité du groupe.

Reliefs karstiques et grottes surréalistes de Nouvelle-Zélande : waitomo, pancake rocks et arches côtières

Grottes de waitomo : concrétions calcaires, spéléologie et colonies de vers luisants glowworms

Sur l’île du Nord, les grottes de Waitomo offrent un contraste saisissant avec les déserts volcaniques islandais. Ici, le calcaire est roi. Depuis des centaines de milliers d’années, l’eau chargée en dioxyde de carbone dissout la roche et sculpte un réseau de galeries, de puits et de salles géantes. Stalactites et stalagmites s’y rencontrent parfois pour former des colonnes, tandis que des draperies et gours complètent le décor. L’originalité du site tient surtout à la présence de colonies de glowworms (Arachnocampa luminosa), larves bioluminescentes qui émettent une lumière bleutée pour attirer leurs proies.

En naviguant silencieusement sur une petite barque dans l’obscurité, le plafond constellé de points lumineux rappelle un ciel étoilé renversé. Cette bioluminescence, étudiée depuis plusieurs années par les biologistes, repose sur une réaction chimique contrôlée dans l’abdomen des larves. La gestion des flux de visiteurs reste ici un enjeu majeur : l’humidité, le CO₂ et la lumière influencent directement l’équilibre fragile des colonies, ce qui oblige à limiter le nombre de visites simultanées et à adapter les circuits spéléologiques.

Punakaiki pancake rocks : empilements calcaires lamellaires, blowholes et érosion différentielle

Sur la côte ouest de l’île du Sud, les Pancake Rocks de Punakaiki tirent leur nom d’une superposition de strates calcaires qui évoquent une pile de crêpes. Ce relief résulte d’une alternance de dépôts calcaires et de couches riches en matière organique, compactés puis soulevés par la tectonique. L’érosion marine, en attaquant plus vite certaines couches que d’autres, a accentué cet aspect lamellaire unique. Les failles et cavités formées par ce processus ont donné naissance à plusieurs blowholes spectaculaires.

Lors des marées hautes combinées à une forte houle, l’eau océanique s’engouffre dans ces cavités et ressort sous forme de geysers marins pouvant atteindre plusieurs mètres de hauteur. Ce phénomène, très photogénique, permet d’observer directement l’interaction entre l’océan et une côte calcaire fracturée, un cas d’école d’érosion différentielle et de modélisation littorale.

Arches naturelles de cathedral cove et wharariki beach : modélisation marine et microfalaises sculptées

Les arches de Cathedral Cove (Péninsule de Coromandel) et de Wharariki Beach (cap Farewell) figurent parmi les paysages côtiers les plus iconiques de Nouvelle-Zélande. Dans les deux cas, la mer exploite des zones de faiblesse de la roche (diaclases, fractures, différences de composition) pour creuser d’abord des grottes, puis des tunnels, et enfin isoler des arches ouvertes sur le large. Avec le temps, ces arches évolueront en stacks puis en simples rochers isolés, montrant le cycle complet d’érosion d’un cap rocheux.

Pour un observateur attentif, la visite de ces sites permet de lire dans les falaises un véritable « code-barres » géologique, où couches plus résistantes et niveaux plus tendres alternent. Les microfalaises, cuvettes d’érosion et plateformes d’abrasion visibles à marée basse offrent autant d’indices sur la hauteur des anciennes lignes de rivage et sur la vitesse d’élévation tectonique de différentes portions du littoral néo-zélandais.

Réseaux karstiques d’oparara basin : ponts naturels, dolines et rivières souterraines

Au nord-ouest de l’île du Sud, le bassin d’Oparara concentre quelques-uns des plus beaux exemples de karst de forêt tempérée. Les ponts naturels d’Oparara et de Moria, hauts de plus de 40 m, témoignent de la puissance des processus de dissolution et d’effondrement à l’œuvre depuis le Pléistocène. Sous la canopée humide, les dolines se succèdent, parfois remplies de tourbières, parfois occupées par des lacs aux eaux ambrées chargées en acides humiques venant des sols forestiers.

La rivière Oparara s’engouffre par endroits dans des galeries souterraines pour réapparaître en aval, dessinant un réseau hydrologique complexe. Les biologistes y recensent des espèces reliques de crustacés cavernicoles et de chauves-souris endémiques, montrant le rôle de ces karsts comme refuges durant les fluctuations climatiques passées. Pour vous, randonneur ou photographe, avancer dans ce type de paysage revient un peu à explorer un décor de film de fantasy, où chaque recoin recèle une clairière moussu ou une voûte rocheuse inattendue.

Zones géothermiques et volcans actifs de Nouvelle-Zélande : rotorua, taupō et tongariro comme laboratoire naturel

Champ géothermique de Wai-O-Tapu : piscines d’acide sulfurique, champagne pool et terrasses de silice

Dans la zone volcanique de Taupō, Wai-O-Tapu illustre à lui seul la richesse du géothermalisme néo-zélandais. La célèbre Champagne Pool, un bassin d’environ 65 m de diamètre, maintient une température proche de 74 °C, avec une forte concentration en gaz carbonique qui lui donne cet aspect pétillant caractéristique. Le pH y est souvent inférieur à 3, ce qui en fait une véritable piscine d’acide faible, saturée en métaux et en silice. Les dépôts oranges et jaunes autour du bassin proviennent de précipitations de sulfures et d’oxydes de fer et d’arsenic.

Plus loin, les terrasses de silice, les marmites de boue et les cratères d’effondrement complètent la palette de phénomènes observables sur un périmètre restreint. Pour un géotouriste, Wai-O-Tapu constitue une introduction idéale aux logiques de circulation des fluides géothermaux dans des roches fracturées, ainsi qu’aux enjeux de suivi environnemental : qualité de l’air, intégrité des passerelles, contrôle des rejets thermaux dans les rivières voisines.

Les systèmes géothermiques de la zone de Taupō délivrent à eux seuls plus de 15 % de la production électrique de la Nouvelle-Zélande, positionnant le pays parmi les leaders mondiaux de l’énergie géothermique par habitant.

Bassin volcanique de taupō : caldeira immergée, éruptions supervolcaniques et monitoring sismique

Le lac Taupō n’est pas un lac comme les autres : il occupe la caldeira d’un supervolcan dont l’éruption Oruanui, il y a environ 26 500 ans, a expulsé plus de 1100 km³ de matériaux volcaniques. À titre de comparaison, cela représente plus de 1000 fois le volume de l’éruption de l’Eyjafjallajökull en 2010. Des épisodes plus récents, comme l’éruption de Hatepe il y a 1800 ans, rappellent que le système n’est pas éteint, même si son activité actuelle reste modérée et essentiellement géothermale.

La surveillance repose sur un dense réseau de sismomètres, de GPS de haute précision et de bouées mesurant la température et la composition chimique des eaux lacustres. Pour un voyageur intéressé par la compréhension des risques volcaniques, le bassin de Taupō offre un exemple concret de gestion d’un supervolcan habité, avec des villes, des stations thermales et des infrastructures situées directement sur la caldeira.

Parc national de tongariro et alpine crossing : cônes stromboliens, red crater et emerald lakes

Classé au patrimoine mondial à la fois pour sa valeur naturelle et culturelle, le parc national de Tongariro est dominé par plusieurs volcans actifs, dont Tongariro, Ngauruhoe et Ruapehu. L’Alpine Crossing, souvent citée parmi les plus belles randonnées à la journée du monde, traverse un alignement de cônes stromboliens, des coulées de lave anciennes et de vastes plateaux de cendres. Le Red Crater, avec ses parois d’un rouge intense, résulte de l’oxydation poussée de scories riches en fer, chauffées à plusieurs centaines de degrés.

En contrebas, les Emerald Lakes tirent leur couleur vert émeraude de la dissolution de minéraux dans une eau légèrement acide, encore connectée à des systèmes fumerolliens sous-jacents. En pratique, cette traversée demande une condition physique correcte, un équipement adapté (températures souvent négatives une grande partie de l’année en altitude) et une attention constante aux consignes des autorités, le niveau d’alerte volcanique pouvant évoluer au fil des années.

Champ fumerollien de rotorua : geysers de te puia, odeur d’H₂S et bains thermaux naturels

La ville de Rotorua se distingue par son odeur caractéristique d’H₂S, perceptible dès l’arrivée. Sous la surface urbaine se cache l’un des systèmes hydrothermaux les plus spectaculaires du Pacifique Sud. Les geysers de Te Puia, dont certains projettent des jets d’eau chaude à plus de 20 m de hauteur, illustrent parfaitement le fonctionnement d’un geyser « classique » : eau infiltrée, réchauffement en profondeur, surpression et explosion périodique. Dans les quartiers résidentiels, des piscines thermales naturelles et des évents de vapeur parsèment les parcs et parfois même les jardins privés.

Cette cohabitation entre ville et géothermie pose des défis spécifiques : gestion du risque de soulèvement de vapeur sous les bâtiments, contrôle de la corrosion des infrastructures, surveillance des concentrations de gaz dans l’air intérieur. Pour vous, voyageur, Rotorua est aussi l’occasion de comprendre comment une communauté maorie a intégré ces ressources chaudes dans ses pratiques culinaires, sociales et rituelles, transformant un environnement potentiellement hostile en véritable atout culturel.

Glaciers, fjords et icebergs : analogues polaires en islande et en Nouvelle-Zélande

L’Islande et la Nouvelle-Zélande partagent un autre point commun étonnant : la présence de glaciers et de paysages quasi polaires à des latitudes tempérées. En Islande, la calotte du Vatnajökull, avec ses 7800 km², couvre environ 8 % du pays. Certaines de ses langues glaciaires, comme celles qui alimentent les lagunes de Jökulsárlón et Fjallsárlón, vêlent régulièrement des icebergs qui dérivent ensuite vers l’océan et s’échouent sur des plages de sable noir. Ce contact entre glace bleutée, sable sombre et lumière rasante crée des scènes qui rappellent les marges de l’Antarctique, mais accessibles par la route circulaire.

En Nouvelle-Zélande, les glaciers Franz Josef et Fox descendent presque jusqu’au niveau des forêts tempérées humides de la côte ouest. Ce gradient altitudinal très court – moins de 20 km entre le littoral et les glaciers – illustre un climat hyperocéanique générant des précipitations record : plus de 6000 mm par an sur certains versants. Pour l’observateur averti, ces glaciers constituent des indicateurs sensibles du changement climatique. En Islande, le Vatnajökull a perdu plus de 400 km³ de glace depuis 1900, tandis que les fronts des glaciers néo-zélandais ont connu un recul marqué depuis les années 1980, interrompu seulement par quelques phases de ré-avancée temporaire.

Région glaciaire Superficie approximative Particularité principale
Vatnajökull (Islande) 7800 km² Calotte volcanique avec nombreuses langues vêlant des icebergs
Langjökull & Hofsjökull (Islande) ~2500 km² cumulés Sources majeures de rivières glaciaires et de sandurs
Glaciers de la côte ouest (NZ) ~700 km² Glaciers tempérés très dynamiques proches de la forêt pluviale

Pour une approche responsable de ces milieux fragiles, la distance d’observation joue un rôle clé. Marcher sur un glacier sans encadrement professionnel augmente significativement le risque de chute dans une crevasse ou sur une zone de glace pourrie. L’accompagnement par un guide permet non seulement de réduire ce risque, mais aussi de mieux comprendre la structure interne de la glace, la circulation des eaux sous-glaciaires et les processus de formation des moraines latérales et frontales. De plus en plus de circuits intègrent aujourd’hui une dimension pédagogique explicite, afin que chaque visiteur reparte avec une meilleure compréhension des enjeux liés à la fonte accélérée de ces réserves d’eau douce.

Lacs hypersaturés, plages irréelles et phénomènes lumineux extrêmes

Au-delà des volcans, glaciers et karsts, l’Islande et la Nouvelle-Zélande abritent une série de milieux extrêmes qui semblent sortir d’un catalogue de mondes imaginaires. En Islande, certains lacs de cratère ou mares géothermales présentent des degrés de minéralisation si élevés que la précipitation de silice, de carbonates ou de sulfates teinte l’eau en vert, en bleu laiteux ou en jaune vif. Ces systèmes hypersaturés, souvent proches de l’ébullition, hébergent parfois des communautés microbiennes spécialisées, étudiées comme analogues des environnements potentiels de Mars ou d’Europe, la lune glacée de Jupiter.

Les plages, elles aussi, participent à cette impression de voyage interplanétaire. Les étendues de sable noir de Reynisfjara, bordées d’orgues basaltiques et de stacks sculptés, donnent une atmosphère de film post-apocalyptique, surtout lorsque la houle de l’Atlantique nord projette une écume blanche sur le rivage sombre. En Nouvelle-Zélande, certaines plages de sable clair contrastent avec des falaises ocres ou des dunes géantes, créant des palettes de couleurs dignes d’une peinture abstraite. Dans les deux pays, la nuit réserve encore d’autres surprises : aurores boréales dans le ciel islandais, lueurs bioluminescentes des vers luisants ou de certains planctons côtiers en Nouvelle-Zélande.

Dans un ciel sans pollution lumineuse, l’intensité d’une aurore boréale modérée peut dépasser de 100 à 1000 fois la luminosité de la Voie lactée, transformant l’expérience nocturne en véritable immersion cosmique.

Pour maximiser les chances d’observer ces phénomènes lumineux extrêmes, quelques stratégies simples s’imposent. En Islande, viser les périodes de nuit suffisante (de septembre à mars) et consulter les indices d’activité geomagnétique (indice Kp) permet d’optimiser une éventuelle chasse aux aurores boréales. En Nouvelle-Zélande, la clé consiste plutôt à repérer les régions à faible pollution lumineuse et à se renseigner sur les spots connus pour la bioluminescence côtière ou la présence de vers luisants en dehors des circuits les plus fréquentés. Dans tous les cas, un trépied, une lampe frontale à faible intensité et un appareil photo capable de longues poses transforment une simple contemplation en véritable exploration photographique de ces mondes lumineux parallèles.